Le crêt de Montriond, à Lausanne

Publié le par pierre-sauveur B

10 mars 1894 : le dimanche  

qui décida du sort de la colline de Montriond 

En découvrant un article du journal de la Suisse Romande "LE CONTEUR VAUDOIS" du dimanche 17 mars 1894, j'ai découvert comment cette colline de Montriond située sous gare et que tout lausannois connaît, est devenue à la fin du XIX ème siècle, propriété de la ville.

Voici un extrait de l'article qui raconte l'histoire.

A Lausanne, on ne peut guère monter aux étages supérieurs des habitations du Chêne, de Bourg, de St-Pierre et de St-François, ou se promener sur Montbenon, derrière Bourg ou autres abords de la ville, sans que le regard s'arrête agréablement sur le joli monticule qui a donné son nom au domaine de Montriond (mont rond).

Elle est si gracieuse, si régulière dans sa forme, cette éminence, dont les pentes, couvertes d'excellentes vignes au midi et à l'orient, sont abritées.au nord par une charmante forêt, une vraie coquetterie de la nature qui passa aux mains  de prêtres catholiques qui établirent, dans les bâtiments situés au pied du monticule, un petit séminaire.

Cette institution dura, hélas! ce que durent les roses. La débâcle vint; le directeur quitta Lausanne, tandis que quelques prêtres, enchantés de ces parages, ne voulurent point les quitter.

Par une bizarrerie du sort, ils s'installèrent à Montriond-Dapples, ancienne demeure de Voltaire, qu'ils habitent encore. Propriété privée, Montriond n'était connu que de ses possesseurs et de leurs amis. Nous n'exagérons rien en disant que, jusqu'ici, les neuf dixièmes des Lausannois n'avaient jamais mis le pied sur son signal, où flottait l'immense drapeau de l'Institut catholique, drapeau qui n'a du reste pas survécu à cet établissement. Un soir, le vent du nord a rompu son mât qui s'élançait fièrement vers le ciel.

Oui, ils étaient rares les Lausannois qui avaient pu pénétrer dans cette belle propriété et contempler la scène grandiose qui, du sommet du Crêt, se déroule aux yeux du promeneur.

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Montriond était à vendre et la municipalité de Lausanne se décida à proposer l'achat de ce domaine au Conseil communal.

Dès Iors, ce projet d'achat fit les frais de toutes les conversations Le temps était superbe. On eût dit que le bon Dieu voulait embellir Montriond par son soleil de printemps, pour mieux nous en faire apprécier les attraits. Le sol s'était réchauffé ; les pelouses du verger reverdissaient, et des merles en liesse égayaient de leurs notes perlées les grands arbres du Crêt.

Tout enfin semblait nous dire : « L'occasion est unique; elle ne se représentera peut-être jamais. Montriond sera un des joyaux de Lausanne, achetez! achetez Et dimanche, la foule montait, montait, et s'accumulait au sommet du monticule. Partout des exclamations de surprise, d'enthousiasme, à la vue de la beauté et du caractère tout particulier de ce site enchanteur.

En effet, quand on y va pour la première fois, le panorama dont on jouit est une véritable révélation. Celui qui ne le connaît pas ne peut s'en faire une idée. A côté du Léman, que l'œil embrasse dans sa plus grande étendue, et des sommités qui l'encadrent si majestueusement, la ville de Lausanne se présente en gradins, et sous un aspect des plus pittoresques.

Ce Lausanne qui s'offre aux yeux ébahis, c'est le Lausanne moderne, ce sont les plus beaux quartiers de la ville qui s'avancent graduellement vers le lac, et dont le développement, depuis dix ou vingt ans, surpasse tout ce qu'on aurait pu prévoir.

Et tout ce grand quartier, cette seconde ville, pour ainsi dire, n'aurait pas de promenade publique à proximité On laisserait échapper l'occasion exceptionnelle de lui en donner une. Non, cela ne se pouvait pas. Telles étaient les réflexions des centaines de promeneurs qui se succédaient sans interruption sur le Crêt, dans la belle journée de dimanche. Il y avait parmi eux des récalcitrants, comme il y en aura toujours ; des hommes que toute idée nouvelle effarouche, qui craignent toujours de se noyer dans un verre d'eau. Mais leur nombre diminuait irrésistiblement en présence de la beauté du spectacle. Evidemment la cause était gagnée.

Quelques-uns cependant demeurèrent inflexibles. Ni le panorama grandiose, ni les gazons verdoyants, ni le chant des merles, ni le soleil resplendissant dont Dieu les éclairait ne purent les convaincre. « Est-il possible, disaient-ils, qu'une commune dont les comptes bouclent patun déficit, se permette pareille fantaisie » Et ils ajoutaient le cœur navré : « Où est-il le temps où nous bouclions par un boni?... »

Dès Iors, nous avons éprouvé le besoin de nous secouer un peu, et nous avons fait du chemin, témoin les nombreuses et importantes améliorations apportées depuis quelques années dans nos divers services publics.

D'ailleurs, s'il est encore des gens qui estiment que l'acquisition de Montriond est une fantaisie, renvoyons-les un peu à cette grande majorité de notre population qui ne possède ni villas, ni jardins, ni parcs, qui ne jouit que rarement du grand air et ne peut s'accorder chaque année un séjour à la campagne ou dans les Alpes, et nous verrons ce qu'elle leur répondra.

La foule immense qui s'est portée à Montriond, dimanche dernier, et en est revenue enchantée, dictait suffisamment au Conseil communal la conduite à tenir Le Conseil communal, dans sa presque unanimité, s'est montré à la hauteur de sa tâche. Il a décidé l'achat de Montriond.

 

Publié dans effet des faits

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